La naissance d’un conte

par Les Marottes
Belle Couette - dessin tome 3

Belle couette est avant tout une rencontre créative entre Agathe et Benoit Baude. Je vous invite à faire connaissance avec ce couple débordant d’imagination et vous faufiler dans les coulisses pour découvrir toutes les étapes de la création d’un conte…

Portrait Toubab

Qui se cache derrière Belle Couette

C’est un couple Lillois qui est à l’origine de Belle Couette. Benoît et Agathe Baude, mariés depuis 8 ans et parents de deux enfants, jonglent entre leur vie de famille et professionnelles tout en développant l’univers de Belle Couette.

Agathe est interprète en langue des signes française, très créative c’est grâce à ses petites histoires que toute cette aventure a démarré.

Benoit est autodidacte, c’est après avoir obtenu une licence d’arts plastiques qu’il s’est lancé en tant qu’illustrateur en 2008. Il a d’abord commencé à travailler sur commandes pour des entreprises et des particuliers avant de passer à des sujets plus personnels. C’est ce qui l’a amené au projet de Belle Couette.

J’aime apprendre sur le tas. Me confronter à des situations, à des outils… et apprendre, de manière non conventionnelle, mais qui vont me permettre de m’impliquer réellement dans mon apprentissage.  

Toubab est son nom d’artiste, cela signifie “personne à peau blanche ». 

Mon pseudo Toubab vient à la fois de mon père et du pays dans lequel j’ai grandi, en Guinée à Conakry. J’y ai vécu 16 ans avec ma famille

Portrait de famille - Toubab

Il était une fois Belle Couette

Belle Couette est un conte illustré, pour petits et grands, racontant l’histoire d’une jeune demoiselle capable de voir des êtres invisibles qui régissent notre monde sans que nous le sachions.
Agathe rédige toute la partie scénario du conte et je m’occupe de la partie dessin, mise en page, impression…

Cet univers magique vous plonge au cœur de la nature et vous entraîne dans une aventure fantastique.

Mêlant leurs passions respectives à la réalisation de cette histoire, Benoît a choisi ses crayons et pinceaux pour illustrer ce joli conte. Agathe quant à elle a choisi de faire parler les “invisibles” en langue des signes française.

D’où vient l’idée de Belle Couette ?

Depuis toute petite Agathe écrit des histoires qu’elle conserve dans un carnet. Un jour je suis tombé dessus et j’ai découvert le récit d’une petite fille répondant au nom de Belle Couette. Je me suis amusé à dessiner son visage et ses long cheveux vermillon. Voilà comment cette aventure a démarré.

Ensemble, nous avons imaginé tout un univers fantastique où la nature joue un grand rôle. Un monde peuplé de petits êtres farceurs nommés « les invisibles », s’exprimant en langue des signes et ayant pour mission de veiller sur notre monde. Dans cette histoire Belle Couette doit faire preuve de courage pour aider ses amis dans leurs quêtes.

Pourquoi les invisibles s’expriment-ils en langue des signes ?

Ils s’expriment ainsi car le monde des visibles, c’est-à-dire, nous, est beaucoup trop bruyant pour eux. Ils pourraient très bien s’exprimer oralement, ils en ont la capacité, mais pour plus de discrétion et pour pouvoir s’entendre dans tout ce brouhaha ils préfèrent s’exprimer en langue des signes.

Comment a démarré le projet ?

Nous avons créé une première version du conte Belle Couette que nous avons choisi d’imprimer en une dizaine d’exemplaires en auto édition. C’est en décembre 2013, durant le festival de BD de Boulogne-sur-Mer, que nous avons proposé pour la première fois notre histoire au public. Suite au succès rencontré nous avons décidé de lancer une campagne de financement participatif pour imprimer un plus grand nombre d’exemplaires et développer notre univers.

Comment s’est passée la première campagne de financement participatif ?

Étonnamment bien, c’était comme un nouveau monde pour nous. Le financement participatif, la création d’un livre, la communication avec une communauté, nous avons appris tout cela sur le tas et cela nous a permis de garder notre fraîcheur et notre spontanéité.

Et surtout ce rapport direct entre créateur et public, fut pour moi salutaire et devrait, d’après moi, être emprunté par la plupart des dessinateurs et auteurs BD en difficulté.

Nous avons aussi été surpris d’un tel engouement de la part du public qui continue de nous suivre encore aujourd’hui.

Combien de tomes ont été publiés ? 

3 tomes sont publiés, toujours en autoédition, le quatrième et dernier tome est à venir courant 2019. 

Ont-ils tous été financés par la plateforme Ulule ?

Les tomes 1 et 3 ont été financé via la plateforme de financement participatif Ulule. Pour le tome 2 nous avions suffisamment de fonds pour pouvoir l’imprimer par nos propres moyens. Nous avons décidé de revenir au financement participatif pour le tome 3, pour une question de fonds, nous avions sorti d’autres projets autour de l’univers de Belle Couette entre temps. Mais aussi pour une question de communication, les plateformes de financement participatif ont cet atout de donner beaucoup de visibilité à un projet. Ceci dit, cet atout ne doit pas se substituer au but premier du financement participatif qui est d’aider de petites structures ou des créateurs, n’ayant pas les fonds pour leur projet, à se lancer dans l’aventure.

Est ce que les premières personnes à avoir participé au projet sont toujours au rendez-vous ? 

Notre premier public, ceux qui nous ont soutenu durant notre premier festival et pendant toute la campagne de financement du premier tome de Belle Couette, sont pour la plupart toujours présents et ont hâte de savoir le dénouement de cette histoire.

C’est toujours un plaisir de les recroiser lors de festivals ou d’animations, l’avantage d’avoir une petite communauté qui gravite autour de Belle Couette c’est que nous connaissons plus ou moins chaque personne, il y a un esprit familial qu’on essaie de faire perdurer.

L'univers de Belle Couette

Benoit et Agathe ne se sont pas contenter d’écrire un conte, ils ont également créé un jeu de carte et un calendrier dérivés de l’univers de Belle Couette.

Il consiste à aider les invisibles à faire pousser des fleurs à l’aide des éléments de la nature. Grâce aux différents modes, le jeu s’adresse à tous, ludique pour les plus jeunes et stratégique pour les plus grands.

C’est un calendrier perpétuel, illustré par les fruits et légumes de saisons. Chaque mois vous retrouvez les légumes à planter et à semer ainsi que de petites anecdotes pour chacun d’entre eux.

L’idée du jeu de cartes nous est venue entre le tome 2 et le tome 3 des aventures de Belle Couette. Nous voulions quelque chose de plus interactif. Comme nous sommes fan de jeux de société, nous avons alors eu l’idée un peu folle de créer le notre. Encore une fois, sans trop connaître le milieu, en apprenant sur le tas, toujours dans l’idée de garder cette spontanéité dans la création.

Nous avons choisi une mécanique de jeu simple et avons plutôt développé le côté “jouable à tout âge” pour que toute la famille puisse se réunir autour du jeu.

Une fois toutes les règles établies, il fallait qu’on teste notre jeu. Nous avons donc acheté un paquet de simple cartes de jeu et dessiné dessus, très succinctement, quelques icônes pour pouvoir nous y retrouver. Au final, le jeu n’était pas du tout beau à voir, gribouillé de partout, mais nous nous sommes beaucoup amusés.

La création du jeu via une entreprise dédiée nous revenant trop cher, nous avons décidé de passer par un imprimeur classique et de découper chaque carte, à la main. En définitif il nous aura fallu pratiquement un an et demi pour fabriquer 500 jeux, à raison de trois soirs par semaine, histoire de conserver un minimum de vie sociale…  Je vous avoue que je ne referai pas les choses de la même manière !

Le calendrier pourrait passer pour une sorte de produit basique dérivé de l’univers de Belle Couette, mais nous ne voulions pas cela, nous voulions qu’il puisse exister seul.

Nous nous sommes lancés dans la permaculture dès le tome 2 des aventures de Belle Couette. Il nous semblait logique de faire quelque chose en rapport avec cela. Nous avons pensé que ce serait amusant de créer un calendrier perpétuel pour aider les gens à savoir quoi planter, quoi semer et quoi récolter.

Calix - planche de cartes

Image de marque

Pourquoi avoir choisi le nom de Belle Couette ?

Belle couette vient du fait que visuellement cette jeune demoiselle a tout de même de jolies couettes. Cela vient aussi du fait qu’en langue des signes, pour éviter d’avoir à épeler à chaque fois le nom d’une personne, on lui trouve un signe qui lui corresponde, en rapport avec un détail physique, un métier, une passion. Car en vérité Belle Couette se nomme… Bérangère

Belle Couette - portrait

Quelles sont les valeurs que vous avez voulu transmettre avec ce conte ?

Hormis l’impression nous gérons tout de A à Z. Belle Couette est clairement notre bébé, nous y mettons ce qui nous tient à cœur.

Nous souhaitons bien sûr, à travers notre travail, véhiculer des valeurs de partage, d’écologie, d’équilibre dans notre monde...

Nous essayons de faire notre possible, à notre échelle. C’est pourquoi nous soutenons des associations grâce à la vente de nos produits. Lors de la campagne de financement participatif du jeu Calix , 1€ était reversé à « Planète urgence » pour chaque boîte vendue. Grâce à cela nous avons contribué à la plantation de 128 arbres.

Pour le tome 3 des aventures de Belle Couette nous avons choisi de soutenir « Elevage sans frontière ». Une association dont le but est de permettre à des villages d’Afrique à devenir autonomes dans l’élevage.

Pour autant, pour parler clairement d’argent, nous gagnons peu avec notre travail sur l’univers de Belle Couette, mais nous voulons aussi véhiculer l’idée que chaque personne peut apporter sa pierre, petite ou grosse, à l’édifice.

Du coup de crayon à la réalisation

Initiatrice de cette jolie histoire, Agathe se consacre à l’écriture de la trame principale de Belle Couette.

J’ai l’histoire complète, il me faut juste le bon moment et la bonne énergie pour réussir à mettre sur papier ce que j’ai en tête

Benoit, quant à lui, prend en charge toute la partie illustration, la mise en page, ainsi que l’écriture de quelques nouvelles qui permettent d’étendre l’univers.

Étant illustrateur, pour moi tout passe par le dessin. Je n’ai jamais une idée claire en tête de ce que je vais dessiner, c’est toujours un peu flou, le personnage se crée à la fois dans ma tête mais aussi sur le papier.

Peux-tu décrire le processus de création, étapes par étapes ? 

Le processus de création pour toute la partie conte est assez classique : Agathe écrit l’histoire en passant par les différentes étapes de son processus d’écriture, puis nous découpons ensemble le texte de manière à ce que chaque paragraphe puisse être illustré.

Vient alors toute la partie illustration, je réalise tous les croquis sur de petits bouts de papier, cela me permet de ne pas m’étendre et d’avoir une vision globale du dessin.

Une fois les croquis validés auprès d’Agathe,  j’attaque les illustrations pures. Je travaille toujours sur un format plus grand que le format final du livre. Soit traditionnelle, soit numérique, cela dépend de la technique que je veux utiliser pour le tome en question.

Ensuite vient toute la partie mise en page, qui pour moi est aussi importante que la partie dessinée. Comme je n’ai pas d’éditeur, je dois rendre un fichier numérique contenant mon livre complet prêt à être imprimé à mon imprimeur, et j’adore ça ! Ça me permet de penser réellement mes dessins et mes pages en tant qu’objet fini. Je fais donc des essais de fonds, de police, de texture, de couverture,  jusqu’à ce que l’ensemble soit cohérent à la fois au niveau de l’histoire mais aussi au niveau du livre en lui-même.

Interview Toubab - Atelier sur lesmarottes.fr
Dans l'atelier de Toubab
Dans l'atelier de Toubab
Dans l'atelier de Toubab
Dans l'atelier de Toubab

Dans l’atelier de Toubab

L’atelier de Benoit, allias Toubab, rassemble tout ce qui l’inspire.

C’est important pour moi d’avoir tout à portée de main et d’être entouré de ce que j’aime, on y trouve un peu de tout : figurine, comics, bd, jeux vidéo, dessins, illustrateurs, artistes…

Une grande bibliothèque fabriquée avec des planche et des parpaings réunis tous ses livres, à côté, une petite vitrine expose ses figurines et en face, se trouve le bureau où il travaille ses illustrations. L’atelier n’est pas très grand mais ça l’aide à se canaliser.

Je préfère le garder tel qu’il est car je suis comme un poisson dans un bocal plus on me met un grand espace plus je grossis.

Ouvert sur le séjour, l’atelier vit au rythme des enfants du couple. Il n’est pas rare que Lola, leur fille, vienne distraire son papa en grimpant sur ses genoux pour dessiner avec lui. Il s’amuse parfois à illustrer ces moments de la vie quotidienne sous forme de petits sketch.

Interview de Toubab sur le blog Les Marottes
Interview de Toubab sur le blog Les Marottes
Interview de Toubab sur le blog Les Marottes

Quel est ton médium favori ?

Ça dépend vraiment de l’humeur du moment. J’aime varier les outils et généralement, j’aime revenir sur un outil que je n’ai pas utilisé depuis un moment pour voir comment je l’utilise à présent. Cela dit, je reste tout de même très attaché à l’aquarelle, c’est le médium avec lequel je travaille le plus facilement.

Quels sont tes habitudes lorsque tu dessines ?

Je profite généralement du temps de dessin pour écouter des gens dont j’aime le travail : Franck Lepage, Pierre Desproges, Pierre Rabhi, Raymond Devos… J’aime bien réécouter de vieilles interviews ou des documentaires qui ne demandent pas trop de regarder l’écran.

Inspiration créative

Je tire mon inspiration de tout ce que je vis et tout ce qui m’entoure. Mais surtout de bd, de comics, d’illustrateurs et d’artistes que je découvre sur internet ou que je rencontre via des salons. Principalement des gens qui arrivent à développer un univers, une cohérence et qui ne s’arrêtent pas au support. Je pense par exemple à Akira Toriyama, dans un épisode de Dragon Ball il a eu l’idée de faire intervenir Arale de Docteur Slump. Quand j’ai vu ça j’étais tout petit et je me suis dit : « Mais en fait ils peuvent se rencontrer ! » Ce fut une sorte de révélation !

Projets à venir

Nous devons terminer le tome 4, suite à ça l’histoire principale de Belle Couette sera bouclée. Ensuite je pourrais m’atteler à l’extension de l’univers car c’est vraiment ça qui m’intéresse. Le but serait d’amener plus de personnes à découvrir l’univers de Belle Couette via différents supports. Je veux aussi montrer que nous ne sommes pas limité, ce n’est pas parce que Belle Couette démarre par un conte illustré qu’elle doit y rester. J’envisage bien sûr d’autres supports mais aussi des histoires plus adulte, faire évoluer les personnages.

Benoit s’amuse également à créer des personnages farfelus provenant de l’univers du conte. Il écrit leurs histoires qu’il partage sur le blog de Belle Couette. 

A votre droite je vous présente Titaille, il possède de très grands bras et de toutes petites jambes. Au fil de l’histoire il va découvrir que son physique hors norme peut devenir un atout…

Aquarelle Belle Couette - Toubab

Des rêves plein la tête

Ce qui m’importe c’est de faire vivre Belle Couette. Peu importe le nombre de lecteurs, tant qu’il y en a. Les collaborations pourraient être enrichissantes/intéressantes et je serai curieux de voir comment d’autres personnes envisagent l’univers de Belle Couette. Encore une fois, pour moi, l’extension de l’univers m’intéresse énormément et je pense que c’est la clé d’un approfondissement et d’une cohérence de cette univers !  

Et pourquoi pas, dans un futur proche, proposer l’univers de Belle Couette en “open source”, peut être dans une optique de création de jeu de rôle. Avoir une base d’univers dans lequel enfants et grands puissent se retrouver et créer leurs propres histoires.

Coups de cœur créatifs

“Un hibou dans la tasse, qui est une céramiste située à Roubaix. Elle propose des cours de poterie et vend ses créations. Elle fait du super travaille, de qualité et très inspiré, qu’on ne retrouve pas ailleurs.”

Un auteur de bd rencontré en salon qui au delà de la bd fait un truc super intéressant, il fait du concert dessiné. En fait il dessine avec un groupe de musique et qui du coup dépasse sa fonction de dessinateur de bd. C’est un exercice intéressant parce que c’est des morceaux de 2 3 minutes et du coup il doit réaliser quelque chose en 2 3 minutes”

Rencontré au festival bd de Roubaix, il fait des bd humoristiques, un peu trash, avec un style de dessin assez simple et percutant. C’est ce qui m’intéresse beaucoup, j’apprécie beaucoup plus un dessin simple, qui arrive à toucher directement que des illustrations qui sont très belle mais qui n’ont pas de fond.

Ce portrait vous a plu ?

Pour suivre les aventures de Belle Couette c’est par ici :

Si vous souhaitez contacter Benoît ou suivre son travaille c’est par là :

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